Florent Pagny en Patagonie : tensions autour de sa maison édifiée sur une terre sacrée mapuche

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Florent Pagny au cœur d’une controverse en Patagonie, où l’achat de terres autochtones suscite tensions avec le peuple mapuche et questionne la préservation des sites sacrés.

Florent Pagny incarne depuis plus de trois décennies une figure majeure de la chanson française. Si son parcours musical l’a propulsé sous les projecteurs, c’est aujourd’hui sa vie loin des scènes, dans les paysages sauvages de Patagonie, qui attire l’attention des médias. Depuis la fin des années 1990, le chanteur partage son temps entre la France et cette région reculée d’Argentine, aux côtés de sa compagne Azucena Caamaño et de leurs deux enfants. Mais derrière la carte postale idyllique se cache un enjeu bien réel : la propriété acquise par la star se trouve au cœur d’une controverse avec le peuple mapuche, communautés autochtones fortement attachées à leurs traditions et à leurs territoires ancestraux.

La maison de Florent Pagny aurait été bâtie sur un emplacement que les Mapuches considèrent comme « sacré ». Cette tension soulève des questions cruciales sur l’achat de terres autochtones en Patagonie par des célébrités, et met en lumière les conflits persistants autour de la préservation des espaces rituels.

Florent Pagny visé par la colère des Mapuches : l’enjeu des terres sacrées

La polémique n’est pas nouvelle, mais elle connaît un regain d’intérêt depuis l’intervention médiatique de la romancière et militante mapuche Moira Millán. Invitée sur France Inter, elle dénonce la présence du chanteur sur un lieu de cérémonie, jusqu’ici jamais bâti car habité, selon la tradition mapuche, par « des forces spirituelles qui protègent l’eau et le système de l’eau ». Pour Moira Millán, ce site devait rester accessible pour des rites, mais il aurait longtemps été fermé à la communauté : « Pendant très longtemps, les communautés Mapuches ont demandé à pouvoir accéder à cet endroit pour faire leurs cérémonies et ça ne leur avait pas été accordé », affirme-t-elle (France Inter).

L’installation de Florent Pagny est perçue localement comme une illustration d’un phénomène plus large : le rachat de terres par des étrangers. Au cours des dernières décennies, la Patagonie — région immense avec seulement 3,8 habitants au kilomètre carré — est devenue le terrain de jeu de riches investisseurs internationaux, stars ou grandes fortunes. Un article du Monde cité par plusieurs médias rappelait dès 2007 la transformation du territoire en « paradis pour riches étrangers », citant non seulement Pagny mais aussi Ted Turner, Robert Duvall, Richard Gere ou Matt Damon. L’entreprise Benetton elle-même aurait acquis quelque 900 000 hectares en 1997, suscitant de vives contestations des Mapuches. Un précédent qui éclaire la crispation autour de l’achat de la maison du chanteur.

Moira Millán va plus loin, en soulignant l’aspect « colonialiste » de cette appropriation : « Il y a quelque chose qui est lié avec une idée colonialiste et suprémaciste qui habite encore les Occidentaux, ils arrivent dans ces territoires lointains avec une certaine arrogance. Donc on est en plein colonialisme. » Elle s’attaque aussi à l’image de bienfaiteur progressiste dont bénéficie souvent Florent Pagny dans les médias français, rappelant que la cohabitation n’a pas toujours été harmonieuse. Si, d’après elle, « il semblerait que les Mapuches aient pu davantage dialoguer avec lui » récemment, la blessure n’est manifestement pas refermée.

Le cas Pagny cristallise ainsi une question : peut-on réellement dissocier l’achat de terres patagoniennes par une célébrité internationale de la spoliation vécue par les populations autochtones depuis des siècles ? Pour la militante, la beauté de la Patagonie s’est transformée en atout pour l’élite mais en malédiction pour ceux qui y vivaient depuis « plus de quatorze mille ans », privés d’accès à certains passages ou lacs essentiels à leurs traditions.

Le contexte argentin et la multiplication des acheteurs étrangers

L’exemple de Florent Pagny reflète une dynamique accélérée par le contexte politique et économique argentin. Sous la présidence actuelle de Javier Milei, élu en 2023, la législation favorise activement les investisseurs étrangers, grâce à un décret simplifiant l’accès aux terres agricoles. Par le passé, Cristina Kirchner avait tenté, lors de ses mandats de 2007 à 2015, de limiter ces rachats, mais sans durablement freiner la tendance. Conséquence directe : la Patagonie attire désormais autant les personnalités médiatiques que les grandes fortunes du monde entier, ce qui redéfinit les rapports sociaux et la distribution foncière dans toute la région.

Cette ruée a des effets très concrets pour les Mapuches et l’ensemble des habitants : certains lacs et sentiers sont aujourd’hui inaccessibles au public, situés derrière les clôtures de propriétés privées, comme le soulignaient déjà les enquêtes journalistiques. Les tensions se sont accrues, en particulier à la suite des incendies dramatiques de 2024, plusieurs voix officielles allant jusqu’à tenir les populations autochtones pour responsables.

Le dossier Florent Pagny illustre la confrontation entre des usages ancestraux liés à la spiritualité et à la protection de l’eau, et la transformation des terres en objet spéculatif convoité par des investisseurs internationaux.

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