“Ça a été une période tourmentée” : Sonia Rolland (Crimes à Cluny) cash sur son adolescence, elle se confie

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Le journaliste a rencontré l’actrice Sonia Rolland., à l’affiche du téléfilm policier Crimes à Cluny sur France 3 ce samedi 30 mai 2026 à 21h10. Rencontre avec une comédienne visiblement heureuse de mettre en lumière la région où elle a passé son adolescence.

Ce samedi 30 mai 2026, Sonia Rolland joue les flics pour France 3 ! La chaîne publique ne diffuse pas un inédit ou une redite de Tropiques criminels mais un téléfilm original, intitulé Crimes à Cluny et programmé à partir de 21h10. Un polar régional comme il en est diffusé des dizaines chaque année ? Oui et non, cette fiction se révélant classique et efficace.

Dans ce polar tourné en Saône-et-Loire, l’ex Miss France interprète la capitaine de gendarmerie Karine Roy, enquêtant sous les ordres de sa fille Louise (Marie Fevre-Scheuermann) sur un meurtre perpétré en marge de la parade d’intégration de la promotion de l’école des Arts et Métiers. Télé-Loisirs a rencontré la comédienne, qui s’apprête d’ailleurs à refermer le chapitre Tropiques criminels.

“Cela a été une période tourmentée” : Sonia Rolland (Crimes à Cluny) cash à propos de son adolescence

Êtes-vous à l’origine de ce téléfilm ?
Sonia Rolland
 : Oui ! J’ai passé mon adolescence à Cluny. J’y suis arrivée en 1994 et c’est une ville que j’aime beaucoup. J’y ai réalisé mon premier court-métrage, Une vie ordinaire, en 2016. Je savais que Cluny avait un potentiel. J’ai toujours trouvé cette ville très esthétique. C’est une cité médiévale avec une vraie authenticité.

Je ne vous cache pas que cela vient aussi d’une frustration. Je voulais faire mon premier film, Un destin inattendu, à Cluny. Comme il racontait mon histoire de candidate à Miss France, j’avais vraiment à cœur de le faire là-bas. Malheureusement la région ne l’avait pas choisi. Un mal pour un bien puisque j’ai pu le tourner en Nouvelle-Aquitaine, rendant cette histoire plus universelle.

Cette frustration, j’en ai parlé aux auteurs qui ont créé Tropiques Criminels et au producteur d’Un destin inattendu. Je voulais vraiment faire un film à Cluny. C’est une super ville, il y a une énergie qui mérite d’être mise en lumière. Et puis, il y a cet abbaye, un monument qui compte dans le patrimoine français, et cette école, qui reste très mystérieuse.

Les scénaristes Eric Eider et Ivan Piettre ont donc écrit cette histoire. Les étoiles se sont alignées. En plus, ils m’ont façonné un rôle que j’adore. Karine a une vie décousue, elle est un peu immature. J’avais envie d’aller vers un peu de comédie.

Quels souvenirs gardez-vous justement de votre adolescence à Cluny ?
Une adolescence assez tourmentée. J’arrive en 1994, dans un contexte difficile. On fuit une guerre. Mes parents ont tout laissé, derrière eux. C’est un exil, certes plutôt confortable dans la mesure où je suis francophone et française et que j’arrive dans une ville que je connais, ma grand-mère y habitant.

Mais c’est vrai que cela a été une période tourmentée. Déjà, l’adolescence est tourmentée. Mais là, il y avait des non-dits, des secrets, parce qu’il y avait une histoire douloureuse, liée à ce qu’on avait quitté. On arrive dans une autre culture, dans une autre culture sociale.

J’ai grandi dans un milieu privilégié en Afrique, mes parents étaient tous les deux patrons d’entreprise et, du jour au lendemain, mon père se retrouve ouvrier manutentionnaire et ma mère chef de rayon dans un supermarché. Notre contexte social change. Heureusement cela m’apporte aussi énormément de ressources.

J’arrive à me réinventer et je compose avec un nouveau quotidien, dans un nouvel environnement. Pour moi c’est très précieux. C’est aussi pour ça que j’ai toujours eu à cœur de ramener de la lumière à Cluny, de rendre hommage à cette ville peuplée d’habitants formidables.

Avez-vous été impliquée dans l’écriture du téléfilm, avez-vous suggéré des idées ?
Oui ! La première c’était d’installer le décor de l’abbaye de Cluny. Elle abrite une des écoles d’ingénieurs les plus prestigieuses de France et je trouvais qu’elle n’avait pas été suffisamment mise en lumière. Cela a été une discussion délicate parce que dans l’intrigue on découvre un cadavre dans son enceinte.

Dans les premières discussions avec l’école, ils nous ont logiquement dit de faire attention à leur image. On leur a dit qu’on voulait la préserver et on a précisé que le meurtre n’avait, au fond, rien à voir avec l’établissement et les élèves.

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Avez-vous servi de guide pour l’équipe pendant le tournage ?
Oui, mais en amont du tournage ! Parce qu’après je me suis concentrée sur mon personnage. J’ai donné des conseils à tout le monde, principalement à l’équipe de tournage. J’avais des envies de décors et je suis très heureuse parce qu’elles ont été prises en compte, par exemple, la roche de Solutré.

C’est majestueux. Et puis, il y a aussi des décors que j’ai découverts. comme celui du bar du Rendez-vous, qui n’est d’ailleurs pas à Cluny.

Au-delà de l’enquête policière, ce téléfilm explore le lien parent-enfant. Il y a aussi la quête de l’origine. C’est ce qui en fait un peu plus qu’un téléfilm policier à vos yeux ?
J’ai toujours aimé les personnages avec des aspérités, des tourments, qui révèlent quelque chose de notre société. J’ai un peu plus de 40 ans, j’ai deux grandes filles, l’une d’elles est même adulte maintenant.

Je souhaite aller vers des personnages dont la relation à l’autre n’est pas si évidente que ça. C’est intéressant à explorer. Cela peut apporter des réponses dans notre vie personnelle. La fiction a ce pouvoir de nous emmener, en tant qu’acteurs mais aussi en tant que personnes, vers des questionnements sociétaux. C’est pour ça que j’ai vraiment beaucoup apprécié qu’Eric et Ivan me consultent.

Quand ils ont écrit l’histoire, ils me disaient “Il y a peut-être des endroits où ça va te faire chier, tu peux nous dire si ça t’embête.” Au contraire, je les encourageais à pousser le curseur. Je sais que ces histoires peuvent parler à des gens, briser certains tabous. Je crois au pouvoir de l’exemple et de la fiction. Elle peut déclencher une réflexion.

À propos de cette relation parent-enfant, quelles sont les valeurs que vous essayez de transmettre à vos deux filles ?
La principale, c’est la confiance. Hors de la maison, il y a tout un monde auquel sont confrontés les enfants et vis-à-vis duquel on ne peut pas les protéger. La clé, c’est la confiance. Elle doit être au cœur de notre vie en commun et construit une sécurité.

Le dialogue instruit cette confiance. Je n’ai jamais eu de sujet tabou avec les enfants. Quand elles ont besoin de parler de certaines choses, j’écoute et j’essaie de trouver les mots, pour essayer de les conscientiser sur des phénomènes de société, pour leur amener une forme de tolérance et, aussi, un esprit critique.

C’est une chose que j’ai acquise de mes parents. Cela m’a permis, tant bien que mal, de placer le curseur au bon endroit à chaque fois dans ma réflexion. C’est ce que je recherche avec mes filles dans ce monde qui nous échappe, surtout avec les réseaux sociaux. Même si le dialogue est parfois difficile et qu’il y a parfois des engueulades avec mes filles, au moins on parle.

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