INTERVIEW – Enzo Rose (Enchaînés) : « Isaac prend de grandes claques, comme si le monde lui tombait dessus »
Enzo Rose joue le rôle d’Isaac, un esclave dans la série Enchaînés ce mercredi 6 mai 2026 sur France 2. Dans une récente interview, l’acteur, qui incarnait également Diego dans Demain nous appartient, a révélé des détails sur le processus de préparation du rôle et ses complexités.
Emmanuel Lassabe : Qui est vraiment Isaac, le personnage que vous incarnez dans la série Enchaînés sur France 2 ?

Enzo Rose : Le personnage est un peu complexe. Mais si je devais résumer, je dirais qu’Isaac est quelqu’un de loyal. Du début à la fin, il est loyal envers les siens, avant tout, en prenant ce rôle de commandeur comme il doit le prendre. Il ne veut pas décevoir sa mère, qui l’a encouragé dans cette voie. Donc il est loyal envers sa famille, envers sa mère, mais aussi envers d’autres personnes. C’est un survivant.
C’est un chemin très compliqué pour Issac lorsque ce dernier devient commandeur…
Il doit prendre parti, malgré lui, dans une révolte et dans un camp où se trouvent ceux qui sont enfermés avec Henri Bellevue. J’ai vraiment l’impression que sa délivrance passe par le fait de tracer son propre chemin, et non celui que sa mère avait imaginé pour lui, ou celui que son père lui a imposé. À la fin, il devient libre : libre de cette condition d’esclave, mais aussi libre du regard et des autres. Là, ce sera lui avec lui-même.
Il ne choisit rien. Il obéit, mais il essaie dans son fond intérieur de ne pas être dans une simple obéissance aveugle. On le voit notamment au début, lorsqu’il tente de sauver Sidonie. C’est le pire des punitions. C’est une façon pour lui d’apprendre la vie. Sa mère a un rôle à jouer. J’ai essayé de transmettre ce traumatisme.
« J’imaginais Issac comme une sorte de messie, persuadé qu’il va sauver le monde »
Ce passage où Isaac donne l’ordre de creuser un puits dans un des épisodes. Est-ce un moment clé dans sa construction de commandeur ?
À ce moment-là, j’ai voulu insuffler au personnage une descente aux enfers. Plus la série avance et plus je ne voulais pas que l’on reconnaisse ce personnage d’Isaac prostré, tête baissée, dans une forme de soumission, qui ne voyait pas sa vie autre qu’en étant charpentier. J’ai voulu donner une dimension d’être presque touché par la grâce. Je l’imaginais comme une sorte de messie, persuadé qu’il va sauver le monde, qu’il sait des choses que les autres ignorent. Il pense qu’il va sauver tout le monde et que Bellevue va l’aimer.
Isaac change de visage à ce moment précis…
Il y a chez lui quelque chose de tyrannique. Isaac est le sauveur tyran. S’il avait été un général de guerre, il aurait sans doute envoyé ses hommes au front parce qu’on lui aurait dit dans la nuit d’en passer par la mort de ses hommes pour arriver au bout. Dans mon esprit, la douleur et la souffrance ne comptent plus. Il est à un stade où il dégringole.
Il y a également cette tentative de suicide, puis la promesse d’Henri Bellevue : « Tu porteras mon nom ». Quel effet cela produit-il sur Isaac ?
C’est énorme pour lui. Mais Isaac prend toutes ces montagnes russes d’émotions comme de grandes claques, comme si le monde lui tombait dessus. Quand Bellevue lui dit qu’un jour il portera son nom, c’est à la fois le Graal et quelque chose d’inimaginable. Porter son nom, c’est bien plus qu’une question de liberté. C’est presque la possibilité d’être enfin un être humain, de marcher à côté des autres, de ne plus être un extrait, de ne plus être du bétail. À ce moment-là, Isaac se relève. Il se remet debout et avance.
« Laure de Butler savait parler aux acteurs, leur insuffler quelque chose »

Est-ce nouveau moment de bascule pour Isaac ?
Il entre dans une logique de résilience, d’endurance. Je ne sais pas comment j’aurais réagi à sa place. On est en 1806, dans l’esclavage : s’il ne fait pas ce qu’on attend de lui, sa mère peut mourir. Tout repose sur ses épaules. Il doit porter les esclaves, les faibles, les ordres de son père, les attentes de chacun.
Comment avez-vous joué ce mélange de peur, de rage et de détermination ?
Il y a eu beaucoup d’étapes. Quand je jouais les scènes seul avec moi-même, c’étaient des moments particuliers. J’ai aussi eu la chance de jouer avec des partenaires extraordinaires, comme Lolita Tergémina et Olivier Gourmet. À ces moments-là, l’échange se faisait presque naturellement. L’énergie de l’un répondait à celle de l’autre, comme dans un match de tennis. Et puis il y a la réalisatrice Laure de Butler. Je lui ai donné un surnom : mon capitaine. Sur le plateau, elle menait tout le monde avec une grande précision, mais sans jamais être tyrannique. Elle avait une vraie vision d’ensemble : techniciens, régie, cadreurs, son, comédiens… tout le monde savait ce qu’il avait à faire, dans un cadre très bienveillant. Elle savait parler aux acteurs, leur insuffler quelque chose.
Comment s’est déroulé ce tournage ?
Avant le tournage, Laure de Butler nous avait demandé de beaucoup préparer en amont : lectures, travail de fond, échanges. Une fois sur place, elle était là. Quand j’avais un doute, elle venait me dire deux ou trois mots, juste ce qu’il fallait pour me remettre dans l’axe. C’était très léger, mais très juste. Elle avait une énergie incroyable, très joyeuse, et le tournage aurait été totalement différent sans elle. On a eu un mois de préparation. On recevait les scénarios au fur et à mesure, un épisode après l’autre, un peu comme si on découvrait l’histoire en même temps que le public. Je prenais beaucoup de notes.
« Je relisais énormément le scénario, pour le tordre dans tous les sens »
Comment vous êtes-vous préparés pour ce rôle ?
Pour préparer les émotions du personnage, j’ai regardé pas mal de films américains, mais aussi des films français qui abordaient ce sujet. J’ai lu un roman, Mémoire d’un esclave américain de Frederick Douglass, ainsi que Le Code noir. J’ai aussi beaucoup travaillé dans l’isolement : sur le plateau, chez moi, dans ma chambre, surtout au début, à La Réunion, où j’étais en colocation avec Baptiste Carrion-Weiss, qui joue Henri Bellevue. Il y avait des moments où je restais seul, sans sortir le week-end, pour préparer ce que j’avais à tourner la semaine suivante. Je relisais énormément le scénario, pour le tordre dans tous les sens, je me projetais dans l’état du personnage à chaque moment de l’histoire.
Aviez-vous certaines références de jeu ?
J’avais aussi plusieurs références en tête. Des personnages complexes, tiraillés. Notamment Anakin Skywalker, dans Star Wars . Et puis aussi quelques références issues de l’animation japonaise. J’aime bien préparer mon rôle seul, en m’appuyant sur des images, des musiques, des visualisations. Ça m’aide à entrer dans un certain type d’émotion.