Record du monde junior pour Nathan Muratory aux Championnats d’Europe : le 200 m dos français entre promesse et déception

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À 18 ans, Nathan Muratory bat le record du monde junior au 200 m dos, annonçant une nouvelle génération prometteuse pour la natation française en Europe.

À seulement 18 ans, Nathan Muratory s’est imposé comme la nouvelle sensation de la natation française lors des Championnats d’Europe à Saint-Denis, Paris. Originaire de Colomiers et licencié à Canet 66, Muratory n’en est pas à son premier exploit, mais son passage dans la cour des grands frappe par sa précocité et son audace. Après un parcours prometteur couronné d’un titre aux championnats d’Europe juniors de Munich, il avait déjà rejoint le groupe sélect de l’équipe de France senior. Mais c’est bien lors des séries du 200 m dos, disputées le 11 août 2026, que ce jeune nageur a marqué les esprits et les chronos : il a abaissé le record du monde junior à 1’54’’87, réalisant aussi la troisième performance française de tous les temps sur la distance.

Cette prouesse, saluée dans l’arène parisienne, s’inscrit dans le contexte d’une compétition très relevée, avec notamment la présence de pointures internationales comme Hubert Kos. Muratory, guidé depuis trois ans par Philippe Schweitzer à Font-Romeu, est monté sur les plots sans complexes.

« Vivre des trucs comme ça devant ce public, c’est fou. Je suis sûr que ça va beaucoup m’aider pour ma carrière plus tard, ça va me forger. Je savais quel chrono il fallait faire, ça m’a avantagé. Et même si je devais nager plus vite que mon record, j’y croyais, j’étais là pour ça. »

Pour un jeune nageur encore dans l’euphorie de l’obtention du baccalauréat, l’exploit n’a rien d’un hasard. Témoin de cette maturité sportive précoce, le public parisien a vibré avec lui jusqu’à la demi-finale, où la réalité des efforts intensifs s’est rappelée à son corps.

Le record du monde junior et ses conséquences sur la performance française au 200 m dos

Ce chrono de 1’54’’87 n’a pas seulement fait tomber une marque ancienne, il a aussi validé l’entrée de Muratory dans le cercle très fermé des favoris pour les compétitions internationales à venir. À son arrivée dans la zone mixte, il n’a pas caché son état second ni ses ambitions :

« Je ne réalise pas là, j’ai encore mal. Je ne pensais pas battre le record du monde juniors, c’est incroyable. Mon nom est inscrit quelque part, ça valait le coup de venir. Mais ça n’est pas fini, je veux aller en finale. »

Pendant la matinée héroïque, la fatigue accumulée du matin l’a rattrapé quelques heures plus tard lors de la demi-finale. Muratory s’est battu jusqu’au bout mais a dû se contenter du neuvième temps, avec 1’55’’94 : la finale s’est jouée à d’infimes centièmes.

L’élimination précoce de Yohann Ndoye-Brouard reste l’autre grand enseignement de cette journée. Champion d’Europe 2022 et médaillé mondial en 2025, Ndoye-Brouard a pourtant signé un impressionnant 1’55’’91, soit le cinquième temps global en séries. Mais la règle européenne limitant à deux le nombre de représentants par nation pour chaque tour suivant l’a privé de demi-finale. Un crève-cœur pour ce nageur, qui confiait :

« Je ne fais pas la course à fond, j’en ai encore dans les jambes mais je pensais que moins de 1’56’’ ce serait suffisant, j’ai sous-estimé mes adversaires. Je voulais vraiment monter sur la boîte sur ce 200 mais les autres ont montré qu’ils étaient aussi capables de le faire. Je suis content que le dos français ait ce niveau-là. » (Propos recueillis par L’Équipe)

Ce scénario a également profité à Mewen Tomac (1’55’’14), deuxième des séries et qualifié pour les demi-finales, tandis qu’Antoine Herlem a terminé treizième et n’a pas franchi le seuil de qualification. Jamais la densité du 200 m dos français n’a semblé aussi flagrante, portée par un trio d’excellence mais bridée par un règlement strict. La journée aura ainsi illustré une victoire éclatante pour les jeunes, un revers frustrant pour les habitués du sommet, et conforté la natation française dans son statut de vivier de talents.

Côté coulisses, Nathan Muratory n’a pas dissimulé la difficulté du double effort imposé par le programme :

« Ce matin, ça m’a fait mal et je l’ai senti toute la journée. Je savais que ça allait être compliqué mais j’ai quand même tout donné. Je suis un peu dégoûté quand même de passer à quelques centièmes. Ce n’est que le début. Là, je ne pense qu’à une chose, récupérer. »

Mais le prodige du dos ne compte pas s’arrêter là. Sa confiance, nourrie par la proximité avec les plus grands champions, se solidifie au fil des rendez-vous internationaux. Thomas Ceccon, champion olympique italien, ne s’y est pas trompé en lui lançant un « Good job » remarqué en zone mixte.

La dynamique de Muratory pourrait encore s’amplifier, son prochain engagement étant prévu sur 100 m dos le samedi 15 août. En parallèle, la filière française d’épreuves de dos tire sa légitimité de la variété de ses profils : la jeunesse de Muratory, la constance de Tomac et l’expérience de Ndoye-Brouard annoncent de nouveaux duels et des podiums collectifs à réinventer. Muratory, déjà détenteur de deux médailles des derniers Euros juniors, n’envisage clairement pas de ralentir. À travers ses mots et ses actes, c’est toute une génération qui s’impose : créative, décomplexée, affamée d’or… et prête à inscrire en lettres capitales son nom dans l’histoire de la natation tricolore.

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